The crew

-Hey

-Hey

-You need crew for today?

-Yeah. Just one. You in?

-I’m in. What time?

-Be there at 11:30.

-Cool. What’s your name?

-Magic.

Et j’étais là, fidèle au rendez-vous sur le quai à l’heure dite. Mais l’heure bahamienne est souvent décalée par rapport à l’heure du reste du monde. Il m’était arrivé précédemment d’attendre plusieurs heures à un rendez-vous semblable pour finalement conclure à un no show. Aussi, cette fois, je savais à quoi m’attendre et j’avais pour me tenir compagnie les autres membres de l’équipe. Il y avait Yellow, un grand maigrichon nerveux qui semblait s’accrocher au mat comme si sa vie en dépendait. Puis il y avait J, pour qui l’art de débattre consistait à couper la parole aux gens et parler le plus fort. Pour l’accompagner, son sidekick, dont je n’ai jamais compris le nom, qui passait son temps à remonter son col comme le petit bonhomme pas de cou de Bruno Blanchet. Pour compléter le tout, le grand capitaine Magic, imposant le respect et respirant la confiance. Et moi, dans tout ça, le gringo assis sur le quai attendant que quelque chose se passe. De quoi parlèrent mes équipiers cet après-midi sur le quai brûlant de Georgetown, Exhumas? Je n’ai ai pas la moindre idée. Ces longues minutes m’ont permis d’apprendre que les Bahamiens sont incompréhensibles lorsqu’ils parlent entre eux; qu’ils crient entre eux devrais-je plutôt dire. Elles m’ont aussi permis d’apprécier le rythme de vie Bahamien.

Au bout de 45 minutes, quelque chose se passe. Nous sautons tous à bord du Legal Weapon, un vaisseau bahamien de couleur rouge vif originaire de Blackpoint et arborant fièrement le numéro 33. La peinture semble la chose la mieux entretenue sur ce bateau. À bord, un coffre à outils (essentiel vu l’état de l’accastillage), une batterie 12 V, une pompe de cale minuscule et surtout de l’eau. Le bateau, petite barque en bois au mât et à la voile surdimensionnée, est pratiquement enseveli par les vagues. Nous chavirons presque en nous rendant à la ligne de départ. Heureusement, Yellow tient le fort. Il monte la voile, l’ajuste et écope l’eau du bateau à la fois. Je n’ai jamais fait de course de bateau avant, mais je trouve particulier qu’on abaisse la voile et jette l’ancre sur la ligne de départ.

2 coups de fusils retentissent et c’est le branle bas de combat. J et son sidekick remontent l’acre comme des forcenés, Yellow monte la voile et tout le monde crie. J’en conclue que c’est le départ de la course. Mais est-ce qu’ils crient des directives? Serait-ce des cris de joie ou de frustration? Je n’en ai pas la moindre idée, mais je me tiens prêt au cas où on me dit de faire quelque chose ou de me jeter à la mer. Pour le reste, j’agis en fonction de mon instinct de survie. Si le bateau semble sur le point de chavirer, je grimpe au bout des madriers pour faire contrepoids (ou pour m’éloigner de cette eau déferlant à toute vitesse). Lorsque je pense qu’on va faire un empannage ou un virement de bord, je me jette au fond de la cale pour éviter la décapitation par la bôme rasant le pont à toute allure. Plusieurs fois, il m’arrive de me faire crier après, mais cela est de moins en moins fréquent au fur et à mesure que la course avance. Peut-être suis-je en train de comprendre le langage bahamien ou, plus probablement, peut-être suis-je en train de finalement assimiler les principes d’une cours en voilier? Visiblement, je ne suis pas le seul à m’améliorer. Après quelques ajustements de la voile par Yellow et quelques bonnes manoeuvres de Magic, le Legal Weapon prend finalement de la vitesse. Partis en 10e place, nous sommes maintenant en 6e et tous les espoirs sont permis. Chaque dépassement ou virage frôle en collision. Le bateau prend de plus en plus l’eau et Yellow peine à nous maintenir à flot, mais la 5e place est à portée de main. Tout à coup, le bateau ralentis et une corde retenant le madrier sur lequel je suis assis se met sous tension. En me retournant, je constate avec surprise que J n’est plus derrière moi, mais plutôt à l’eau, quelques pieds derrière le bateau, accroché à la corde attachée à mon madrier. De peine et de misère, nous le ramenons à bord sain et sauf, mais nous avons perdu du temps précieux et la course tire à sa fin.

Quelques minutes plus tard, nous atteignons le fil d’arrivée en 6e place. L’équipage, couvert de sel et trempé de la tête aux pieds, semble heureux. Nous avons terminé dans une position raisonnable, le bateau n’a pas coulé et nous n’avons pas eu de blessé. C’est une bonne journée!


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